FuckUp Night Lyon, le texte de l'intervention de Charlotte

FuckUp Night Lyon, le texte de l'intervention de Charlotte

Publié le 20 Février 2020

FuckUp Nights est un talkshow avec un format imposé et identique dans le monde entier.

On y raconte avec humour comment se planter conduit aussi vers la réussite !


Evènement FuckUp Nights


FuckUp Nights est convaincu qu’exprimer les difficultés rencontrées constitue un pas vers davantage de bien-être et un monde moins dirigé par l’ego, en suivant l’adage selon lequel nous apprenons davantage de nos échecs. Les tentatives et le passage à l’action sont célébrés plutôt que d’en stigmatiser l’échec, sans oublier le partage d’expérience qui en découle. Les Fuckup Nights sont, enfin, un lieu de réseautage, dans un cadre “FUN” (FuckUp Nights).


Un grand merci à Nicolas Catherin, Arnaud Genty & Carol Bausor pour l’invitation et l’organisation de cette 1ère édition lyonnaise.


Nous voulions partager avec vous le texte préparé par Charlotte pour cette occasion.


« Je m’appelle Charlotte, j’ai 31ans, je suis designer social et issue du travail social, j’ai des idées plein la tête, une addiction à la vie, à la peinture, au vivant, aux vibrations, aux arlequins, au Nutella aussi… Et ce soir nous allons nous rencontrer, je vais me raconter… Je suis ravie d’être ici avec vous pour la Fuckup Night… Vaste thème…


Foirer des trucs…


… Foirer des trucs… Ces 15 dernières années j’ai grillé mon nom à tout jamais en politique, j’ai planté ma première vraie histoire d’amour, j’ai planté ma deuxième vraie histoire d’amour, ma troisième, ma quatrième, puis j’ai arrêté de compter, j’ai planté ma boîte, j’ai été condamnée aux prud’hommes, condamnée au tribunal de commerce, j’ai testé mon cerveau et découvert que j’avais une case en moins (bon aussi une en plus), j’ai loupé l’avant-première qu’il fallait pour rencontrer Xavier Dolan, J’ai perdu 1 copine, puis 2 puis 7, puis j’ai arrêté de compter, j’ai été fichée banque de France, je le suis toujours je crois, j’ai eu 200 000 euros de dettes, puis 80 000, puis 50 000… J’ai encore 50 000 euros de dettes, j’ai été caution solidaire de mon ex et j’ai payé ses loyer des mois, j’ai renversé mon bol de céréales 100 fois, J’ai envoyé 10 000 CV et jamais eu de CDI…


…Foirer des trucs… c’est peut-être le sport où je suis la plus performante (En même temps ce n’est pas dur). Et si foirer des trucs était dans mon ADN ? Et si j’étais née pour être un éternel brouillon en itération permanente ? Et si j’étais née pour être un Kangourou, un Phénix, la carte increvable au « 1000 bornes » ? Et si tout ça… c’était moi ? Et si foirer des trucs c’était ce qui me donnait cette créativité sans limite, cette compréhension du monde, des rayures, des casseroles, des blessures de nous tous humains… Et si foirer tous ces trucs était autant mon carburant que mon boulet… Et si foirer n’était pas si grave…


Wonder Charlotte


Pas si grave…


… Pas si grave… Enfin pas si grave si on survit, si on arrive à gérer, si on a encore un peu de jus et que notre cerveau ne lâche pas, si on a encore un peu de jus et que notre corps ne lâche pas… Enfin pas si grave si les autres, vos amis, votre famille, les gens avec lesquels vous interagissez arrivent eux aussi à gérer, à supporter, à être là, à tenir le choc, à ne pas prendre peur… Enfin pas si grave… si vos rencards « Tinder » ne prennent pas tous peur à découvrir votre vie… Enfin pas grave, si ça passe… une fois de plus… Pas si grave, si les écorchures de tous ces trucs foirés ne vous traumatisent pas à tout jamais… Pas si grave, si un alignement des planètes peut vous sauver…


Charlotte Calimero


… Un alignement des planètes peut nous sauver… Mais pas que ! Réduire notre résilience, nos rebonds, nos survies à un alignement des planètes retirerait tout ce qui fait de nous des humains parfaitement imparfaits mais avec de l’épaisseur, de la profondeur, une identité, un chemin de vie…Un alignement des planètes oui… mais aussi des soutiens, des outils, un travail sur soi, une thérapie, du courage, de l’audace, de l’inconscience, de la fougue, des tripes, des convictions, une ambition… De l’insouciance, encore de l’inconscience, encore et encore…


Prenons le cas du montage, du cartonnage puis du plantage de ma boîte


… De 2013 à 2017… J’ai quitté Paris, je suis arrivée à Lyon et j’ai monté ma boîte, ma première boîte : La Vie est Bulles. J’ai eu l’idée du siècle, en tout cas j’en était convaincue, et nombre de gens l’ont été aussi.


Fin de La Vie est Bulles


C’était une agence événementielle. Je voyais l’événement comme un outil pour générer du lien social, nous avons organisé 450 événements, de Zéro personne à 7000 participants. La Vie est Bulles, ce fut une équipe de 8 salariés à son apogée et de très belles références : EDF, AXA, SNCF, la CCI…


… De 2013 à 2017… J’ai donc embauché, j’ai licencié, j’ai remporté des appels d’offre, j’ai facturé, j’ai fait un CA, j’ai fait des CA, j’ai gagné des concours, j’ai mangé des Kebabs, beaucoup de Kebabs, j’ai organisé des soirées célibataires avec seulement deux participants et en plus déjà en couple, j’ai programmé un événement dans un lieu public sur ses horaires de fermetures… Bon j’ai aussi mis les mamies aux platines, organisé des défilés de mode dans les PMU, transformé la poubelle du boss en cible de Street golf, produit des soirées célibataires à 2000 personnes ou encore organisé des Pictionary en laveries automatiques…


J’étais donc habituée à vivre intensément… A vivre de belles réussites, des trucs complètement dingues mais aussi à gérer, encaisser et supporter des grosses galères ! De gros gros gros foirages… Je vous laisse imaginer le carnage ! C’était ma vie… J’étais bourrée d’anecdotes. De grosses réussites, comme des flops inoubliables !


Du chaos naissent les étoiles


Puis fin 2017… J’ai planté ma boite… J’ai coulé… Mais bien bien coulé ! Le vrai plantage en règle ! Pas le beau tout propre avec un plan B, un plan C, un plan D… Non un plantage radical avec huissiers, saisies, trouille, procès, dettes, rupture, honte, responsabilités, grands moments de solitude, retour chez les parents… Le plantage sans parachute, sans protection…


Oui oui… J’ai bien bien planté ma boîte… Le plantage, lui, je ne l’ai pas foiré ! J’ai planté à la perfection ! Et oui, avec des dettes à plusieurs Zéro, en étant actionnaire numéro 1 de nombreux cabinets d’avocats lyonnais à force de procédures et condamnations. Aujourd’hui, en 2020, je peux dire que je suis millionnaire en argent perdue.


J’ai une conférence que je joue régulièrement « Titanic Business, comment j’ai coulé ma boîte avec un carnet de commande plein ? »


Titanic Business


J’y aborde toutes les erreurs, les mauvais choix que j’ai fait… J’y aborde toute ma responsabilité. Je n’ai pas planté ma boîte car c’est dur d’entreprendre, je n’ai pas planté ma boîte car c’était la crise…


J’ai planté ma boîte car j’ai foiré plein de choses : démarrage spontané et en mode rebelle, mise en place de troc et trésorerie à zéro, mais stock plein à craquer de kebabs, bons pour boire le thé, mécénats de compétence en tout genre… J’ai cru que l’embauche était systématiquement la multiplication des forces de travail, j’ai mal managé, je n’ai pas osé m’affirmer, j’ai été bloquée par ma peur d’être nulle, d’être folle, d’être une Fake, d’être bullshit… J’ai embarqué mon équipe dans des concours chronophages, j’ai foncé tête baissée dans des escroqueries par des prestataires, j’ai mal géré la croissance rapide, le cap du passage des PMU aux grands groupes, je n’ai pas assumé un tarif, pas assumé gagner de l’argent… Oublié de me payer, j’ai été la variable d’ajustement… Bref j’ai fait mille erreurs. Ces erreurs font aujourd’hui partie de mon patrimoine, de ma mémoire, de mes compétences… Mais purée ! C’est chaud ! Purée que ce fut hard !


C'est hard !


C’est hard de se planter et d’en être responsable, c’est hard de ne plus avoir de quoi vivre et de demander à Mélanie si elle peut me dépanner d’un ticket de métro, c’est hard de se sentir nulle, de perdre ses repères, ses fiertés, ses certitudes, putain que c’est hard ! C’est hard d’avoir envie de mourir, de se sentir prisonnière de sa propre boîte, c’est hard d’avoir honte devant ses salariés, devant ses clients, c’est hard…


J’ai rebondi !


Cela fait maintenant 2 ans et demi que j’ai quitté ma boîte, enfin que ma boîte m’a quittée.

Mais après avoir pris toutes ces claques possibles et imaginables, je suis rayée mais vivante.


**J’ai rebondi ! **


Kangourou


Bon, c’est un peu plus subjectif que ça… Des jours je suis fière de mon parcours, de la femme que je suis, de ma solidité, parfois je suis épuisée de moi, parfois j’ai peur de revivre ça… C’est subjectif le rebond. Par exemple, pour certains je suis un échec permanent, pour d’autres un vrai kangourou extraordinaire, la reine du pétrole, et pour d’autres encore… Et bien ils font comme ils peuvent, ils suivent la tornade de ma vie…


Qui suis-je ?


Aujourd’hui je vis de ma nouvelle activité, j’ai un binôme de choc (Mélanie), des partenaires importants, de sacrés défis, une sérénité, une connaissance de moi, une solidité…Et puis aujourd’hui, j’ai co-écrit un livre avec Mélanie ! Un vrai livre, un vrai de vrai vendu à la Fnac ! Un livre qui permet d’apprendre à supporter les vagues que vos idées, vos projets provoquent, un livre où l’on se protège sans se ranger ni s’assagir, un livre coussinet en cas de chute, parachute pour ne pas chuter… Un livre pour innover, penser, travailler, rire, créer, se planter, rebondir, vivre et penser ensemble. Alors, je suis effectivement la reine de choses foirées… Mais ce livre… quelle fierté !


Victoire livre !


Et pour vous ? Osez ! Positionnez-vous, prenez le pouvoir sur mon discours, sur mon témoignage, sur ma vie, sur cette FuckUp Night… trouvez, cherchez, en vous ce qui fait écho, ce qui vous donne des moustiques dans le bide ou des papillons dans les yeux. Trouvez où est votre curseur et qui vous êtes.


Demandez-vous, si vous viviez la même chose, qu’est-ce que cela provoquerait en vous ? Seriez-vous prêt à vivre cela ? Et si vous n’êtes pas prêts à ça… Comment pouvez-vous vous protéger pour avoir un parachute, un plan B, un plan Z, un coussin douillet d’atterrissage ? Oui un parachute qui vous permet d’être vous, libre et agile en plans foirés…


Parachute


Demandons-nous comment construire notre vie, libéré de la crainte d’échouer mais aussi de la volonté de réussir ? Comment être vivant ? Comment vibrer ? Mais, tout cela, sans perdre trop de plumes…


Quand tout s’écroule… quels outils avons-nous pour rebondir et cheminer d’une autre façon… Comment designer sa nouvelle trajectoire de vie, son nouveau comment, ses nouveaux quoi… Comment designer tout en gardant à vie son « pour quoi ? », sa raison d’être ?


Notre pour quoi… C’est la colonne vertébrale de notre humanité, c’est ce que l’on ne pourra jamais nous voler, c’est que vous devez muscler en priorité… Car si un jour tout s’écroule vous lui trouverez une nouvelle existence.


Debout & vivant


Je ne dis pas que se planter et foirer c’est confortable, ni même agréable, ni même vital (quoi que…). Mais je dis, que notre responsabilité à nous tous c’est de nous entraider, de nous épauler, pour que quiconque qui soit sur cette planète puisse incarner son pour quoi, prendre des risques, tester, expérimenter, trouver qui il est.

Mais aussi comprendre, faire comprendre, accepter, faire accepter… ses tripes, ses rayures, ses boulets, ses blessures, ses casseroles. Si d’après-moi, on ne devait retenir qu’une chose de mon histoire c’est que plutôt que de rêver à être parfait et tout faire pour être une femme propre et rangée et bien il faut tout faire pour supporter, apprivoiser et jouer de nos failles. J’ai envie de crier ici que nous devons nous allier tous ensemble sur nos failles pour créer ensemble une autre réalité, une acceptation générale de l’imparfait, une démocratisation des plantages sans en minimiser les impacts et les risques…. Alors Risquez, tentez, échouez… Mais sortez couverts ! Protégeons-nous les uns les autres. Protégez-vous !

Merci d’avoir pris le temps de m’écouter… je suis ouverte à vous, à vos questions, à nos échanges… À vous de jouer ! »


Tout commence par un rêve